Suggestions

23/12/2019

John Dewey (1859-1952) est un des piliers du «pragmatisme». Au centre de cette tradition, il y a l'enquête, c'est-à-dire la conviction qu'aucune question n'est a priori étrangère à la discussion et à la justification rationnelle. Dewey a porté cette notion d'enquête le plus loin : à ses yeux, il n'y a pas de différence essentielle entre les questions que posent les choix éthiques, moraux ou esthétiques et celles qui ont une signification et une portée plus directement cognitives. Aussi aborde-t-il les questions morales et esthétiques dans un esprit d'expérimentation - ce qui tranche considérablement avec la manière dont la philosophie les aborde d'ordinaire, privilégiant soit la subjectivité et la vie morale, soit les conditions sociales et...

23/12/2019

Cet essai voudrait relier trois phénomènes que les commentateurs ont déjà repérés mais dont ils ne voient pas toujours le lien — et par conséquent dont ils ne voient pas l’immense énergie politique qu’on pourrait tirer de leur rapprochement.

D’abord la « dérégulation » qui va donner au mot de « globalisation » un sens de plus en plus péjoratif ; ensuite, l’explosion de plus en plus vertigineuse des inégalités ; enfin, l’entreprise systématique pour nier l’existence de la mutation climatique.

L’hypothèse est qu’on ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante ans, si l’on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à sa dénégation. Tout se passe en effet comme si une partie importante des classes dirigeantes était a...

23/12/2019

Pollution des rivières, embryons congelés, virus du sida, trou d’ozone, robots à capteurs… Comment comprendre ces « objets » étranges qui envahissent notre monde ? Relèvent-ils de la nature ou de la culture ? Jusqu’ici, les choses étaient simples : aux scientifiques la gestion de la nature, aux politiques celle de la société. Mais ce traditionnel partage des tâches est impuissant à rendre compte de la prolifération des « hybrides ». D’où le sentiment d’effroi qu’ils procurent, et que ne parviennent pas à apaiser les philosophes contemporains. Et si nous avions fait fausse route ? En fait, notre société « moderne » n’a jamais fonctionné conformément au grand partage qui fonde son système de représentation du monde : celui qui oppose radicale...

29/03/2019

Si l’agent spécial Dale Cooper (Twin Peaks) prenait la plume, voici le livre qu’il pourrait écrire. Car, à l’image du personnage de David Lynch dont le rapport au monde est bouleversé, Timothy Morton propose une philosophie radicale et troublante.

Le réchauffement climatique, phénomène irréversible dû à l’activité humaine, a déclenché la sixième extinction de masse. Le constat est simple : nous manquons d’outils conceptuels pour penser cette ère de l’Anthropocène. Et si nous nous affranchissions du concept de Nature ? Si, enfin, nous pensions grand (global plutôt que local) ? Et que dire du maillage, de l’interconnectivité de tout avec tout ?

Avec intelligence et humour, Timothy Morton nous libère des discours bien-pensants : adieu écologie v...

04/03/2019

A-t-on bien entendu Frederic Nietzsche lorsqu’il posait en 1879 et comme point de départ que sa philosophie devait « commencer non par l’étonnement, mais par l’effroi » ?

A-t-on vraiment compris Félix Guattari lorsqu’il pronostiquait en 1989 dans Les Trois Écologiesque « l’implosion barbare n’est nullement exclue » (signalant dans le même ouvrage la dangerosité d’un businessman nommé Donald Trump) ?

A-t-on mesuré l’enjeu de ce que Gilles Deleuze théorisait trois ans avant le lancement du world wide web comme avènement des sociétés de contrôle ?

À présent que « l’événement Anthropocène » (dont Heidegger avait appréhendé les contours sous le nom de Gestell), l’épreuve de la post-vérité, le désespoir que cela suscite et tout ce qui constitue l’im...

04/03/2019

La dislocation. Architecture et philosophie

La dislocation est l'événement qui affecte l'espace contemporain. Mais on peut dire tout aussi bien que cet événement était contenu de manière immémoriale dans l'espace lui-même qui est, par définition, une puissance d'écartement et de dispersion. Les mythologies du lieu, les représentations du monde empêchaient toutefois cet événement d'éclater au grand jour. Cette survenue de la dislocation n'a rien, en soi, de catastrophique. Elle signifie simplement que les espaces désormais flottent librement, détachés, insuperposables à quelque image du monde que ce soit, désamarrés de tout système cosmique, de toute croix orientante. Ni lieux, ni non-lieux, des espaces - des esplaces - naissent et meurent au...

14/01/2019

Le réchauffement de la planète est peut-être l'exemple le plus spectaculaire de ce que Timothy Morton appelle les « hyperobjets », ces entités aux dimensions temporelles et spatiales tellement vastes qu'elles mettent en déroute les idées traditionnelles, notamment sur ce qu'est une chose. Dans ce livre, Morton explique ce que sont les hyperobjets et quel est leur impact sur notre façon de penser, de coexister avec les autres hommes et avec les non-humains, et sur notre expérience de la politique, de l'éthique et de l'art. En affirmant qu'il nous faut réinventer notre façon de réfléchir pour simplement commencer à appréhender le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, Hyperobjets - philosophie et écologie après la fin du monde franchit un...

08/04/2018

​​​​À défaut de définir l’intelligence, les psychologues ont entrepris de la mesurer. Après l’échec des tests de mesure, les biologistes l’ont cherchée dans les gènes. La génétique demeurant silencieuse, c’est le cerveau et son développement épigénétique qui ont construit le nouveau laboratoire de l’esprit. Aujourd’hui, l’intelligence autorise sa propre simulation par les puces synaptiques.

Les programmes Human Brain et Blue Brain entendent cartographier le cerveau humain dans son intégralité jusqu’à produire un jour une conscience artificielle capable de s’auto-transformer en accédant à son code source.


Laissant de côté toute déploration technophobe, Métamorphoses de l’intelligence engage le dialogue entre autonomie et automa...

18/03/2018

Pourquoi avons-nous tant de mal à changer nos styles de vie alors que plus personne ne peut nier que notre modèle de développement a un impact destructeur sur le plan écologique et social ni douter de l'intensité des violences infligées aux animaux ?

Relever ce défi implique de combler l'écart entre la théorie et la pratique en développant une éthique des vertus. Au lieu de se focaliser sur les principes ou sur les conséquences de nos actes, celle-ci s'intéresse à nos motivations concrètes, c'est-à-dire aux représentations et aux affects qui nous poussent à agir. Quels traits moraux peuvent nous conduire à être sobres et à avoir du plaisir à faire le bien, au lieu d'être constamment déchirés entre le bonheur et le devoir ?

L'éthique de la...

18/03/2018

Parution 20 mars 2018

Dans la disruption, les organisations sociales se désintègrent. Or les individus psychiques ne peuvent pas vivre raisonnablement hors des processus d’individuation collective qui forment les systèmes sociaux. Il résulte de cet état de fait un désordre mental qui incline au délire de mille manières – sur un fond de désespoir où prolifèrent des types extraordinairement violents et meurtriers de folie. C’est ce dont la France découvre à présent la terrible réalité.

Ces sombres évolutions radicalisent les contradictions de l’Anthropocène, où ne cesse de s’aggraver le retard structurel des systèmes sociaux sur le système technique qui, en les désintégrant, désinhibe systémiquement les pulsions. Avec la réticulation numér...

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